Historique
de
l’église Saint-Jean-Baptiste de Montréal
Au
cœur du Plateau Mont-Royal, sur la rue Rachel à Montréal,
les habitués du quartier passent quotidiennement à
proximité d’un des joyaux du patrimoine montréalais.
Régulièrement, les mélomanes et curieux de toutes
sortes pénètrent en ce lieu le temps d’un concert ou
d’une visite éclair. Les producteurs se succèdent pour
enregistrer, les professeurs pour y enseigner. On y vient pour prier,
pour célébrer, pour se marier. Depuis 1914,
l’impressionnante église paroissiale vit au rythme des
Montréalais. Elle est là, témoin du passé,
mais aussi toujours actuelle, adaptée aux besoins contemporains
des Montréalais. Y pénétrer, c’est
déjà toucher la foi et la détermination des
fondateurs, mais c’est aussi se laisser interpeller par une
transcendance qui s’exprime dans l’architecture, les formes et la
décoration d’un lieu de culte unique au Québec.
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Adaptation
d’un texte de Marthe Beaudoin, r.s.c.j.
| Dans
la seconde moitié
du XIXe siècle, la ville de Montréal connaît un
développement urbain important. On assiste à la
création et à la croissance de banlieues. Ce
phénomène résulte de l’effort conjugué de
promoteurs, d’industriels et d’entreprises de services publics. Dans
l’axe de la rue Saint-Denis, des promoteurs assèchent les zones
marécageuses pour développer la municipalité de
Saint-Jean-Baptiste, créé en 1861 depuis le village de
Côte-Saint-Louis et annexée à Montréal en
1886. À la fin du XIXe siècle, la petite
municipalité, devenue quartier montréalais, loge une
population ouvrière croissante. |

Montréal - vue du Mont-Royal,
1865
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En
juin 1872, quatre
propriétaires cèdent à
l'évêché de Montréal
vingt emplacements, ayant front sur la rue Rachel, pour y construire
une église. Dès ses débuts, le chantier, entreprit
en 1872, piétine. En mars 1873, Mgr Ignace Bourget reçoit
une requête. Des citoyens de la nouvelle municipalité
demandent
que « les travaux de l'église maintenant en construction
dans cette
localité soient poussés de telle sorte qu'il soit
possible d'y dire et
entendre la messe vers le premier jour de janvier prochain ». Cent
vingt-huit signataires appuient cette demande, dont Salomon-F. B.
Benjamin Maynard, le futur et premier curé de l’église
Saint-Jean-Baptiste, le maire du village,
Joseph-Octave Villeneuve, et Jules-Bernardin Rioux, curé du
Saint-
Enfant-Jésus. Les requérants n'hésitent pas
à mettre eux-mêmes la
main à l'ouvrage. On assiste à certaines corvées
importantes. Fierté et solidarité s’expriment lors de
défilés où des centaines de voitures, aux sons de
fanfares, charrient la pierre des carrières avoisinantes. La
première église Saint-Jean-Baptiste est bénite et
inaugurée le 28 juin 1874. Le 11 décembre de
l'année suivante, la
nouvelle paroisse est érigée canoniquement et Salomon
Maynard et officiellement désigné comme curé du
lieu.
Saint-Jean-Baptiste
1re
église (1874-1898)
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Trois
ans plus tard, lorsque
ce dernier est affecté à un
autre ministère,
l'intérieur de l'église est inachevé. Les
dépendances curiales, la
sacristie, le presbytère sont inexistants. Son successeur,
Louis-Isaïe Dozois, entreprend la construction
du presbytère. La tâche importante qui lui incombe est
trop lourde et à son tour, il demande une nouvelle affectation
qu’il obtient en 1880.
Le véritable
bâtisseur de la paroisse est le curé
Magloire Auclair. Gestionnaire vigoureux et entreprenant, il dirige la
paroisse pendant trente ans, de 1880 à 1910. Dès
février 1881, il
persuade les paroissiens d'assumer une partie de la dette. En 1882, les
travaux sont complétés au presbytère et
l'intérieur de l'église est parachevé
d'après les plans des
architectes Poitras et Roy. À son tour, en 1888, la sacristie
est terminée. Cette même année, grâce
à un don personnel
du curé Auclair, le groupe d’architectes Poitras et Roy dirige
la construction d’une grande chapelle (100 x 66 pieds) attenante
à
l'église, avec façade sur la rue Henri-Julien.
Déjà en
1893, on installe l'électricité dans l'église et
le presbytère.
Le curé Auclair dote
sa paroisse d'œuvres majeures. En 1884, il
confie aux Clercs de Saint-Viateur la direction de l'Académie
Saint-Jean-Baptiste destinée aux garçons. Puis, en 1892,
il confie cette fois la direction d’un externat, l'Académie du
Sacré-Cœur, aux sœurs des
Saints-Noms-de-Jésus-et-de-Marie. L'année suivante, le
curé réalise un souhait personnel : la fondation de
l'Hospice Auclair, destiné aux défavorisés et aux
vieillards. En 1887, s'établissent, dans la
périphérie de la paroisse, les Jésuites, à
l'origine de la paroisse de l'immaculée Conception. Sur l’avenue
du Mont-Royal, les Pères du Saint-Sacrement fondent en 1890 le
Sanctuaire du Saint-Sacrement. La paroisse irlandaise de
Sainte-Agnès débute aussi sous l'égide de
Saint-Jean-Baptiste vers la
fin du siècle.
À cette époque,
le pasteur enthousiaste se voit à
la tête d'une paroisse des plus prospères. Vers la fin de
1897, dans le but de compléter l'église, on
procède à des travaux majeurs sous la direction de
l'architecte Joseph Venne. Débutent alors des travaux de
transformations dans
le sanctuaire et dans la nef, des aménagements en façade
et
la construction de la flèche. Malheureusement, les travaux ne
sont pas encore terminés qu’un incendie survenu dans la nuit 29
janvier 1898 détruit toute l’église.
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Dès
le lendemain du
sinistre, les paroissiens et le curé
s'attaquent à l'entreprise de la reconstruction. Du 30 janvier
au 1er septembre, vingt assemblées de la Fabrique et de la
Paroisse se succèdent. À la suite d'un concours
proposé aux
architectes catholiques de la ville, on confie les travaux de
reconstruction au lauréat,
l'ingénieur-architecte Emile Vanier. En juin 1903, sur le
même site,
s'élève une nouvelle église accompagnée
d'un presbytère et d'une chapelle située
dans le prolongement du sanctuaire, avec lequel elle communique
par trois grands arcs ouverts. Plus vaste que le premier, ce
deuxième
temple mesure 253 pieds de longueur, 83 pieds de largeur et 160 pieds
dans les
transepts. À l'extérieur, une majestueuse tour-lanterne
à dôme, surmontée d'un lanterneau, porte la hauteur
totale à 187 pieds. Ce dôme est
recouvert de cuivre et les versants du toit, d'ardoise. La nef peut
contenir 3 200 personnes; la chapelle absidiale, 900. Le style de
l'édifice
s'apparente à celui de la Renaissance italienne.
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Saint-Jean-Baptiste
2e
église (1903-1911)
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| Le
25 juin 1903, Mgr
Bruchési préside la
cérémonie de l'inauguration dans un climat
d'exubérance populaire et de réjouissances. Deux ans plus
tard, on y célèbre avec enthousiasme les vingt-cinq ans
de l'abbé
Auclair à la cure de la paroisse. Une ombre au tableau: les
frais de la reconstruction sont beaucoup plus
considérables que prévu. Ils occasionnent des
enquêtes et des redditions de comptes pénibles pour le
pasteur. Si ce dernier peut
établir un bilan positif de sa gestion tant sur le plan pastoral
que
financier lors de la visite
de Mgr Bruchési, en novembre 1907, sa
santé n'en est pas moins minée par les soucis. La
paralysie le frappe
en décembre 1910 et il meurt un an plus tard. |

Nef de la deuxième église,
23 juin 1903
|
Dans
la nuit du 27 juin 1911,
la deuxième église
Saint-Jean-Baptiste est frappée par la
foudre. L’incendie qui s’en suit est ravageur. L'avant-veille, on y
avait inauguré un orgue du facteur Casavant. À ce second
incendie, le presbytère subsiste et de l’église, seul
demeure intact un petit
drapeau tricolore installé parmi les clochetons pour les
fêtes du
24 juin.
De ce nouveau coup, la
paroisse est plus lente à se remettre.
Trois mois après le sinistre, entre les murs restés
debout, les décombres occupent encore le
site. L'abbé Joseph-William Forbes,
nouveau curé de la paroisse, doit s'attaquer à la
tâche de consolider les finances, de déblayer les
ruines et d'organiser le culte dans la crypte encore utilisable.
En janvier 1912, la Fabrique
invite quelques architectes à
participer à un concours pour sélectionner le meilleur
projet de construction d’une troisième église. Six
concurrents soumettent des
plans. J.-D. Lafrenière obtient la préférence.
Mais des mésententes
surgissent et le projet de Casimir
Saint-Jean est finalement retenu. L'Archevêché y apporte
quelques modifications. Avec
l'approbation, il est mentionné: « Mais quand (sic) aux
décorations
de l'intérieur de l'église, elles devront faire l'objet
d'une étude spéciale de la part du susdit comité,
auquel j'adjoins M. J.-B. Lagacé,
professeur des Beaux-Arts à l'Université Laval. »
Le curé Forbes ne
connaît pas les péripéties
de la réalisation, puisque le 6 août 1913 il est
nommé évêque de Joliette. Son successeur, le
curé Alexandre Dubuc, pousse vigoureusement le chantier,
où il passe d'ailleurs le plus clair de son temps.
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On
construit dans les
mêmes murs, sans répartition, au
moyen d'emprunts successifs. Le 13 mars 1915, la troisième
église accueille Mgr Forbes. Entourés de ses anciens
paroissiens, il consacre
l'autel et le lendemain, Mgr Bruchési procède à la
bénédiction de l'église.
Cette
église, à
l'extérieur très semblable
à la précédente, est
celle qui se dresse encore aujourd’hui sur la rue Rachel.
La façade, de pierre de taille et de pierre bosselée, est
ornée au
rez-de-chaussée d'un portique formé de huit colonnes
jumelées qui
soutiennent une corniche surmontée d'un fronton. Ce fronton
triangulaire s'orne d'un motif en pierre de sable, oeuvre du sculpteur
Dalfour (1914). Sur la façade, sept statues en pierre
accueillent les
fidèles. Elles furent sculptées à Bedford, en
Indiana, dans la pierre de
l'endroit par des artisans italiens. Au sommet du portique, On
aperçoit Jésus, entouré des quatre
Évangélistes. Des statues de saint Pierre et saint Paul
sont installées dans les deux niches latérales. À
l'étage, des pilastres corinthiens encadrent de hautes baies
aujourd'hui cintrées. Les deux tours octogonales
couronnées d'un dôme de cuivre abritent cinq cloches
qui proviennent de la Maison Paccard (France, 1909) ; l'incendie les
avait
épargnées.
À
l'intérieur
règnent l'espace, la lumière,
dans un riche déploiement d'or et de couleurs. Dans l'ensemble,
l’édifice est de style
éclectique interprété dans un esprit baroque
italien ; très en vogue au
début du siècle. La nef avec ses imposantes tribunes peut
accommoder quelques 2 800 personnes assises. Ce qui fait de Saint Jean-
Baptiste la plus vaste église de Montréal après la
basilique Notre-Dame et
l'Oratoire Saint-Joseph.
Saint-Jean-Baptiste
église
actuelle
(construction :
1912-1914)
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Coupe transversale
sur le transept
plan Casimir
Saint-Jean
décembre 1912
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Un
bel ensemble de vitraux et
de verrières aux vives couleurs
mérite l'attention. Une série de médaillons ornent
le pourtour de l'église. Ceux de la fausse-coupole du transept,
dons du curé Dubuc,
représentent les quatre Evangélistes. Le grand
médaillon de la
fausse-coupole du choeur, l'Esprit-Saint auréolé de
rayons. Treize autres, autour de l'abside, montrent le Christ et les
Apôtres. Le patron de la
paroisse n'est pas négligé puisque en façade, une
grande
rosace au sommet
de la baie centrale le représente. Les autres baies, richement
ornées de motifs floraux dans l'esprit modern style
éclairent les murs
de la nef et des transepts. Henri Perdriau est l’auteur des
médaillons
situés dans la voûte du sanctuaire, des sept vitraux de la
chapelle des mariages et des petites fenêtres du jubé du
chœur. La Maison Daprato, qui a fait don des verrières du
transept, est probablement aussi l’auteur des autres verrières
de l’église et de la sacristie.
Vitrail
de la sacristie, dont la confection
est
attribuée à
la Maison Daprato
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L'autel
majeur, de marbre et
de stuc, est l'œuvre de la Compagnie
Daprato de Chicago. Il est surplombé d’un baldaquin,
rehaussé d'or et de symboles, reposant sur quatre colonnes. Les
six autels secondaires, les nombreuses statues de marbre et les
stations du Chemin de la Croix ont également été
réalisés dans les atelier de Daprato.
D'une
facture habile et
soignée, les travaux
d'ébénisterie sont exécutés en bonne partie
en merisier, fini avec un beau
vernis rouge : stalles du sanctuaire, balustrades, lambris, bancs et
confessionnaux.
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À
l'angle du transept
se dresse la chaire, d'esprit renaissance italienne. La partie
inférieure, pièce remarquable en
plâtre moulé, a été réalisée
dans les ateliers de Daprato. L'abat-voix actuel a remplacé
l'abat-son primitif probablement vers les années 1935.
L'escalier de bois, réalisé en 1915, est l'œuvre de
l'ébéniste O. Bergeron.
Dans
la tribune située
au-dessus de l'entrée se trouvent
de belles orgues de 68 jeux, du facteur
d’orgues Casavant (Opus 615).
Le buffet monumental
de chêne sombre contre lequel se détachent les tuyaux
dorés, est couronné de quatre
anges rehaussés d'or, également réalisés
pas la Compagnie Daprato.
Dans la galerie, à la droite du sanctuaire, se trouve un orgue
de choeur de 15 jeux (Opus
616) qu'on peut actionner à partir de la console du grand orgue.
En 1995,
les grandes orgues sont restaurées sous la direction artistique
de la Maison Casavant, représentée par Jean-Louis Coignet
et Jacquelin Rochette.
À droite de la vaste
sacristie, étalée tout autour
de l'abside, se trouve la « chapelle des
mariages ».
Traitée dans le
même
esprit architectural que l'église, elle est
placée sous le
vocable de Saint-Louis-
de-Gonzague, un des patrons de Mgr
Louis-Alexandre Dubuc. Un orgue de 9 jeux orne
le mur du fond (Opus
656). La chapelle est entièrement restaurée au printemps
2007.
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La chair de
l’église Saint-Jean-Baptiste,
installée à l’angle du transept
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En
1967, l’ensemble majestueux de l'église
Saint-Jean-Baptiste a
failli
subir le même sort que quelques sanctuaires de la
Métropole qui ont été « adaptés
» aux goûts de l’époque. Les contrats sont
signés pour l'exécution d'un « grand
ménage ». On prévoit la suppression
d'éléments jugés désuets, comme le
maitre-autel et son baldaquin, la grande balustrade, etc. La nomination
de l'abbé Paul Godin à la cure Saint-Jean- Baptiste a
épargné l’église de ces travaux.
Né dans la paroisse, il y exerce la majeure partie de son
ministère sacerdotal. Fier et aimant de l’église
Saint-Jean-Baptiste, il n'approuve pas cette dilapidation du bien
commun, d'autant plus que les finances de la
Fabrique ne permettent pas une telle dépense. Il fait venir
l'entrepreneur-décorateur et lui déclare: « Puisque
les contrats sont signés, faites votre
ménage, mais je dois vous avertir d'une chose : c'est que vous
ne serez pas payés. La paroisse n'en a pas les moyens ! »
Les
travaux planifiés ne sont pas exécutés.
L’église
est
rafraîchit en 1976. Le Comité de construction et d'art
sacré se réunit et à sa
recommandation, on choisit pour diriger les travaux le professeur John
Bland, architecte émérite, directeur pendant trente ans
de
l'Ecole d'Architecture de l'Université McGill. Reconnu pour ses
dons de coloriste, il conserve l'essentiel du parti des couleurs de
Guido Nincheri, tout en l'améliorant par un choix de
tonalités plus subtiles, plus gaies, plus lumineuses, plus
solides, qui rendent encore plus remarquable l'imposante architecture.
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